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En Angleterre aussi on démolit des logements sociaux

vendredi 18 mai 2007

Les programmes de rénovation urbaine, avec destruction de logements sociaux, augmentation des loyers et compagnie, ne sont pas une spécificité française, comme on va le voir avec l’exemple du quartier Little London de la ville de Leeds...

Voir en ligne : Notre rubrique "Logement et urbanisme"

Quelques éléments pour situer le contexte

Leeds est la capitale régionale du Yorkshire, et la seconde plus grande « autorité locale » d’Angleterre, avec une superficie de 552 Km². Elle compte 715 000 habitants et emploie 35 000 personnes. C’est un centre économique majeur (en 2ème position dans l’industrie, derrière Londres, même si 83% des employés travaillent dans le secteur des services). En 2004, il y avait 11 300 demandeurs d’emploi et 442 400 personnes travaillant à Leeds. C’est une ville à la croissance forte, et une des destinations préférées des étudiants… mais c’est aussi un lieu clé dans la politique migratoire et d’asile britannique. Laquelle est assez cauchemardesque.

Il y a 99 conseillers municipaux à Leeds, 3 pour chacune des 33 circonscriptions, et 8 députés. Suite aux élections de mai 2006, la composition du Conseil Municipal est la suivante : 40 travaillistes, 25 démocrates libéraux, 4 indépendant pour le quartier Morley, 3 verts, 2 indépendants, 1 British National Party (extrême droite)

Les chefs des groupes Conservateur, libéral démocrate et Vert ont formé une administration conjointe pour diriger ensemble la Municipalité de Leeds. Les conseillers Mark Harris (Lib Dem), Andrew Carter (Con) and David Blackburn (Vert) travaillent en étroite collaboration, les deux premiers partageant le rôle officiel de Maire.

D’après le site de la mairie, « malgré le succès économique de Leeds, une personne sur cinq vit encore dans des quartiers qui comptent parmi les 10% les pires d’Angleterre. Et dans ces quartiers, un tiers des enfants vit dans un foyer où personne ne travaille. Le Plan de Rénovation met en place les étapes concrètes pour atteindre l’objectif de diminuer le fossé entre les habitants et les communautés les plus désavantagés et le reste de la ville. Leeds est une des premières communes à avoir de la rénovation une approche globale à l’échelle de la ville plutôt que de se concentrer uniquement sur les quartiers les plus pauvres pour atteindre les objectifs gouvernementaux. »

Little London, comme les quartiers voisins de Lovell Park et de Blenheim se trouve ans le nord du centre ville de Leeds, et se compose de tours et d’appartements HLM (en Angleterre, les logements sociaux sont majoritairement municipaux) en duplex construits dans les années 60. Si les logements sociaux sont majoritaires, de plus en plus de constructions privées sont disponibles. Le quartier compte une communauté Afro caribéenne importante, mais on peut accéder à pied au centre-ville et aux Universités. Un avantage qu’il serait dommage de laisser aux pauvres et aux immigrés…

Ci-dessous la traduction (on espère ne pas avoir fait d’erreurs ou de contresens…) d’un article paru sur Indymedia UK. Les notes entre crochets et en italique sont des traducteurs.

Le scandale de l’initiative de financement privé de Little London

comment le Conseil Municipal de Leeds a fait chanter la population

Article original sur Indymedia UK

10.03.2006

L’annonce faite hier par le Conseil Municipal de Leeds que près des deux tiers des locataires approuvent leur proposition d’un plan de rénovation par financement privé à Little London était à la fois attendue et trompeuse. Voici l’histoire complète de ce qui s’est passé.

En mars 2002, après des décennies de négligence et de manque d’entretien, les locataires et résidents des quartiers de Woodhouse et Little London ont voté à la demande du Conseil Municipal de Leeds pour dire s’ils voulaient une Initiative de financement privé de 35 millions de livres pour rénover les logements sociaux de leur quartier. Le Conseil Municipal l’a fait dans le cadre du programme phare du gouvernement « Pathfinder », qui a été dévoilé en 1998 par le bureau du Premier Ministre John Prescott, et implique d’utiliser un plan de financement privé (PFI) – de l’argent prêté à l’avance aux promoteurs par des banques privées – pour financer la rénovation de logements sociaux.

Pour clarifier, un PFI n’implique pas un « transfert d’actions » de la propriété, ce qui signifierait effectivement la privatisation. La municipalité reste propriétaire des logements sociaux. Le transfert d’actions de logements sociaux revient généralement à vendre le patrimoine sur un marché du logement compétitif ou à un soi-disant bailleur social. Huit conseils dans toute l’Angleterre ont été sélectionnés pour tester un PFI comme moyen de remettre à neuf les logements sociaux. L’un d’eux est Leeds. Depuis, le programme Pathfinder a connu de graves problèmes et a été retardé. Le Conseil Municipal de Leeds s’est révélé particulièrement embêtant pour le gouvernement.

En 1999, le Conseil de Leeds publiait ses premiers plans pour mettre en œuvre le plan de rénovation PFI pour la résidence Swarcliffe. Il y a eu peu de consultation, et locataires et résidents ne se sont pas prononcés. Le conseil a alors arrêté de louer dans cette zone, vidant les appartements un par un, puis les détruisant pour les promoteurs aux frais du contribuable. Mais suite à des querelles contractuelles avec le gouvernement et les compagnies privées, il y aura un délai choquant de 6 ans avant que le moindre chantier de construction commence.

Une occasion qui ne se représentera pas ?

Le premier refus des locataires

Alors que la débâcle de Swarcliffe démarrait, en 2000, la mairie a commencé à tenir une série de débats publics avec les locataires et résidents de Little London et Woodhouse, à Leeds, sur les plans de rénovation de leurs cités. D’une manière prévisible, le PFI rénovation de 35 millions a été proposé avec un certain nombre d’arnaque, à savoir qu’une partie des terrains et logements seraient vendus aux promoteurs, afin que l’opération soit rentable pour le secteur privé. Le plan comprenait le déménagement d’environ un quart des appartements HLM (et de leurs habitants) en vendant par crédit-bail une tour des cités Lovell et Oatland à un promoteur privé, en démolissant deux autres blocs (les tours Carlton) et une rangée de maisonnettes, afin de permettre ensuite à un promoteur de construire de soi-disant « logements sociaux abordables » qui seront mis en vente [l’équivalent de l’accession sociale à la propriété en France ?].

Le Conseil présenta ça comme une « offre qui n’arrive qu’une fois dans une vie ». Cependant, à la grande surprise de tous, grâce à une importante campagne des locataires et du syndicat Unison, quand arriva le vote, 54% des résidents votants de Little London et Woodhouse dire NON au plan de rénovation PFI, avec un énorme taux de participation de 67% - à comparer à l’épouvantable participation de 26.9% pour la circonscription de Woodhouse et Hyde Park lors des élections municipales de 2004. L’opposition au PFI était basée sur l’opinion très répandue que le Conseil cherchait à « embourgeoiser » le quartier – c’est-à-dire changer une partie du parc de logements de catégorie et d’en changer les propriétaires [en Angleterre, la majorité des HLM sont gérés par les municipalités], pour attirer des gens plus riches et virer les plus pauvres. Le quartier de Little London était particulièrement lucratif, parce qu’il était situé juste à la limite du centre-ville et qu’il s’agissait de terrains à bâtir de premier ordre. Réduire la part de logements sociaux [municipaux] et augmenter la proportion de logements privés soi-disant abordables permettraient aux travailleurs des clases moyennes de s’installer, et aux promoteurs de se faire une petite fortune en facturant les maisons et appartements aux taux très excessifs dans la ville.

La mairie travailliste repart à l’attaque pour faire passer le programme…

Après avoir dit NON, les locataires pensaient que la question était réglée et se mirent à faire pression sur la mairie pour qu’elle commence les réparations qui avaient été volontairement retardées par les gérants dans l’anticipation du PFI. Pour le Conseil Municipal de Leeds, par contre, ce n’était pas le « bon choix », et il se mit aussitôt à le corriger. Pour eux, le PFI était la seule solution et comme il s’agissait d’une ville de gauche (dirigée par les travaillistes) et partie prenante du programme Pathfinder, il fallait que ça marche.

En faisant une analyse détaillée des résultats, ils purent déterminer qu’il y avait une majorité favorable au PFI pour la zone de Little London proprement dite. Comme par magie, en quelques semaines, ils avaient élaboré une nouvelle proposition de rénovation uniquement sur Little London, et maintenant les résidents de Woodhouse de côté, refirent voter les résidents de Little London et obtinrent le vote OUI qu’ils cherchaient. Toutefois, près de la moitié des locataires pouvant voter ne l’ont pas fait (46%), ce qui ne donne aucun mandat démocratique sérieux au PFI.

On ne s’étonnera pas qu’aucun conseiller municipal n’ait pris la parole contre cette insulte choquante à la démocratie, à l’exception du charismatique conseiller démocrate-libéral Mark Harris. Bien que publiquement opposé au PFI en tant qu’outil financier, il a admis avec réticence qu’il n’y avait « aucune alternative » pour la rénovation. Mais il a aussi maintenu fermement que « le caractère sacré du scrutin » devait être respecté et a critiqué le Conseil municipal alors travailliste pour avoir « posé la question jusqu’à ce qu’ils obtiennent la bonne réponse ». Lors d’un débat public le 2 février avec les locataires et les habitants, Harris, aujourd’hui un des trois ‘’chefs’’ de la Mairie [co-maire, pourrait-on dire] dans la coalition élue en 2004 et rassemblant les Tories, les démocrates-libéraux et les Verts, a réitéré ses sentiments premiers : « Ce vote original était un coup monté ( ?)… On ne devrait jamais organiser un scrutin si on n’est pas prêt à en accepter les résultats, et c’est exactement ce qui s’est passé. Un vote a eu lieu, et c’est la ‘mauvaise réponse’ qui a été donnée. »

De manière significative, l’Association des Locataires et Habitants de Little London et Woodhouse, qui a représenté les locataires dans les réunions avec la mairie et joué un rôle important en acceptant la nature de la consultation a critiqué dans un communiqué la décision de la municipalité de ne pas respecter le vote. « Nous, membres du Comité de pilotage du PFI de Little London et Woodhouse, souhaitons exprimer notre déception et notre colère quant au fait que les résultats du vote n’ont pas été accepté par le Conseil comme les désirs des locataires du quartier. »

…et on laisse pourrir la situation

Leurs appels sont tombés dans l’oreille d’un sourd, et après avoir salué le vote comme la preuve que Little London voulait se ‘’moderniser’’, le Conseil fit un nouveau ‘’Swarcliffe’’ – le projet disparut pendant 3 ans et demi. Il n’y avait quasiment aucune communication sur le début de la rénovation. L’information filtra que la raison du délai était que le gouvernement avait bloqué le PFI de Little London tant que la municipalité de Leeds n’aurait pas mis en route celui de Swarcliffe et ‘’tiré les leçons des erreurs passées’’. Le Cabinet du Premier Ministre ne voulait pas prendre le risque d’autoriser 2 programmes PFI pour la ville de Leeds avant qu’elle ait prouvé être capable d’en mener un à son terme.

Le seul évènement fut un autre vote en 2004, cette fois pour transférer la gestion des logements sociaux de Leeds Nord Ouest à un organisme fonctionnant selon les règles du marché [ALMO en anglais], entièrement sous contrôle du Conseil Municipal. L’opération fut répétée dans toute la ville, amenant la création de 6 ALMO au total. Pendant ce temps, pratiquement aucune réparation importante ne fut menée à Little London, puisque l’ALMO n’avait pas reçu un budget conséquent, par anticipation du début de la rénovation du PFI.

Toutefois, deux changements majeurs dans la location intervirent. Le premier fut le remplacement de la plupart des baux longue durée par des contrats de un an, alignant les locataires de HLM avec ceux du privé et donnant au Conseil une plus grande facilité pour déplacer les gens du quartier quand ce serait nécessaire. Le second changement fut l’augmentation du nombre de demandeurs d’asile délibérément déménagés par le Service National d’Aide à l’Asile dans des appartements HLM dans l’attente du traitement de leur dossier. Ceci modifia la nature de la population de Little London, la rendant plus éphémère, augmentant le turn over de locataires et affaiblissant les liens des habitants au quartier.

Finalement, en mai 2005, une fois le contrat PFI de Swarcliffe signé, le Conseil Municipal fut autorisé à poursuivre la rénovation de Little London. Cependant, à cause des 3 ans et demi de délai, non seulement un pourcentage important des appartements avaient changé de main à Little London, mais la politique du gouvernement avait évolué si bien que les locataires avaient maintenant en théorie le choix entre un plan lourd avec le PFI et un processus de réparations plus modeste dans le but d’amener tous les HLM au niveau de Décence minimum fixé par le gouvernement pour 2010. En conséquence, le gouvernement chargea la Municipalité d’organiser une nouvelle consultation afin d’obtenir un nouveau mandat pour le PFI. Et du coup, l’Association des Résidents et Locataires de Little London furent invités à prendre part à un meeting élargi en mai, pour faire repartir un programme de rénovation qui était au point mort.

Entre juillet et septembre 2005, se déroula une consultation générale des habitants, avec un sondage au porte-à-porte d’un échantillon de 150 foyers, un questionnaire envoyé par la poste à l’ensemble des domiciles et une journée portes ouvertes. L’objectif était de savoir ce que les habitants pensaient de Little London, d’avoir leur avis sur les améliorations nécessaires concernant le logement, l’environnement et la gestion de la cité. Sans surprise, l’enquête montra que la quasi totalité des résidents de Little London aimaient y vivre, étaient contents de la taille de leurs maisons ou appartements et voulaient juste les réparations promises, des améliorations et une meilleure gestion.

Les habitants ont le choix entre deux options insuffisantes

Puis en février de cette année, après des mois de réunions entre les dirigeants de la Ville, les conseillers municipaux, l’ALMO, l’association des Résidents et Locataires de Little London, les animateurs socioculturels, Bank of the Wear et une boîte de consultants employée par le Conseil comme « conseiller indépendant des locataires », la Municipalité mena pendant 2 semaines une consultation au porte à porte des 1500 locataires de Little London sur les 2 options pour améliorer le quartier.

- Option 1 : des maisons décentes [du nom d’un programme national de remise aux normes des logements]. Ce projet prévoit d’utiliser la subvention plafonnée à 20 millions de livres accordée par le gouvernement à l’ALMO pour amener tous les HLM municipaux à un niveau minimal de décence d’ici 2010. Donc les logements qui ont besoin d’une nouvelle cuisine, de nouvelles fenêtres, une nouvelle salle de bains, chauffage, portes, isolation l’auraient. Il y aurait aussi des équipements communaux dans les bâtiments, mais rien ou presque ne serait fait dans les appartements déjà aux normes. La proposition « des maisons décentes » était loin de ce que les habitants et le quartier de Little London avaient besoin, mais elle avait un énorme avantage : les travaux pouvaient commencer presque immédiatement, la grande majorité des bâtiments seraient conservés, il y aurait très peu de démolitions et il était très improbable que qui que ce soit se trouve obligé de quitter le quartier.

- Option 2 : Rénovation intensive. Il s’agissait d’un plan de financement privé (PFI) de 85 millions de livres sur 30 ans qui impliquerait une modification drastique du bâti existant. 435 appartements sociaux seraient démolis ou vendus à des promoteurs privés, l’espace libéré et la vente permettant de créer ou de rénover 400 logements privés. 300 de ces nouveaux logements privés seraient étiquetés « abordables », bien que les vagues estimations du Conseil sur des prix bas compris entre 55.000 et 110.000 livres ne soient pas franchement rassurantes. Ni les prix « abordables ». Actuellement, Les locataires de HLM peuvent acheter leur appartement pour 6.000 livres et leur pavillon pour 20.000 livres, grâce à la politique du « droit à l’accession à la propriété » [droit d’acheter en anglais]. Seulement 125 nouveaux logements sociaux seraient reconstruits pour remplacer ceux perdus.

Les bâtiments restant propriété du Conseil Municipal seraient améliorés au-dessus du niveau de décence standard, mais au moins 435 et jusqu’à 1000 personnes, selon la taille des familles, seraient forcées de quitter le quartier. Si elles acceptent de partir, elles recevront une indemnisation de 3.800 livres, plus les frais de déménagement, moins les éventuels arriérés de loyer. Si elles veulent rester, elles seront quand même obligées de partir, sans aucune indemnité mais avec la promesse que « le bailleur fera de son mieux pour vous reloger à Little London quand les travaux de rénovation seront terminés ». En clair, le Conseil Municipal a refusé de garantir que les gens pourront retourner à Little London. Les travaux ne commenceraient pas avant fin 2008 au moins, et les reconstructions ne seraient pas terminées avant 2013 au mieux, sans que le Conseil puisse garantir une date de fin.

D’une manière générale, la Municipalité offrait aux habitants le choix entre 2 options insatisfaisantes et injustes, soit un investissement conséquent pour la majorité et l’expulsion d’une minorité, soit un sous-investissement pour tous qui recréerait le besoin d’une rénovation un peu plus tard.

La Mairie préfère un sondage qu’elle interprétera elle-même à une consultation de tous les habitants

Tout comme en juin 2002, les conseillers municipaux se levèrent les uns après les autres dans un meeting public, le 2 février, pour dire qu’il s’agissait d’une ‘’opportunité qui ne se présente qu’une fois’’, mais que ‘’si les habitants de Little London ne veulent pas la Rénovation intensive, ils ne sont pas obligés de l’avoir’’. La mauvaise surprise, c’est que contrairement à 2002, Le Conseil ne proposait pas un vrai scrutin dans lequel ils pourraient réellement décider. A la place, les habitants seraient simplement ‘’consultés’’ à travers un sondage qui porterait sur les 2 options non négociables mises en avant par la Municipalité, et ce serait elle, et non un organisme indépendant, qui ‘’interprèterait’’ les résultats.

Cette consultation, qui a coûté plus de 2 millions de livres sur le dos du contribuable, était censée présenter aux locataires les 2 options de manière équilibrée. Et la rhétorique publique de la Municipalité en rajoutait sur la volonté de demander aux résidents quelle option ils préféraient pour améliorer leur quartier. En réalité, l’illusion d’un choix était une escroquerie : la Municipalité, ses conseillers et l’ALMO avaient déjà décidé qu’ils préféraient la rénovation intensive et le but de la consultation n’était pas de « demander l’avis » mais de convaincre suffisamment de résidents que le PFI était ce qu’ils voulaient vraiment.

Cette détermination à pousser les habitants sur le chemin du PFI était visible dans la manière totalement illégitime et partiale de mener la consultation au porte à porte et dans les documents sortis par le Conseil pour le débat sur les 2 options. Sur des tableaux installés dans le hall de chaque tour, le Conseil avait exposé les pour et les contre des options. De nombreux problèmes furent constatés par les habitants et les militants :

L’information était uniquement en anglais, ce qui introduisait une discrimination à l’encontre des centaines d’immigrés et de réfugiés venus d’Afrique et d’Asie qui s’étaient installés récemment à Little London. Une consultation juste et équilibrée aurait demandé des documents édités dans la douzaine de langues maternelles parlées dans la cité.

Les locataires qui étaient logés dans des appartements que le Conseil sous-louait à diverses agences comme NASS étaient exclus de la consultation et donc privés de leur droit d’expression / de vote.

un examen minutieux de la façon dont le Conseil comparait et mettait en valeur le pour et le contre des 2 options révélait une grande partialité. Voici quelques exemples.

la colonne « perspectives » de l’option Des maisons décentes reprenait en fait une liste de faits négatifs, comme « le maintien du niveau standard de décence ne peut pas être garanti en raison de l’incertitude des budgets après les 5 premières années », « cette option ne comprend pas de travaux pour le centre commercial », « aucun nouveau logement social municipal ne sera construit avec cette option », « aucun nouveau logement à vendre ne sera construit, même si les locataires garderont leur ‘’Droit à acheter’’ »

Alors que la même colonne de la Rénovation intensive ne contenait QUE des faits positifs

il était écrit qu’aucun nouveau HLM ne serait construit avec Des maisons décentes, mais on avait omis de mentionner un des avantages les plus évidents de cette option, à savoir que très peu de logements seraient démolis on proclamait que 125 nouveaux logements sociaux seraient construits avec la Rénovation intensive, négligeant les 435 HLM démolis ou vendus au privé, ce qui fait une perte nette de 310 HLM l’exposé du Conseil distinguait le coût moyen dépensé pour chaque appartement selon les 2 options (12.000 livres pour Des maisons décentes contre 47.000 livres pour la Rénovation intensive), mais ces chiffres sont trompeurs, puisqu’il y a nettement moins de logements avec la 2ème option (310 de moins) et que les coûts dans un PFI sont gonflés. Ces calculs étaient d’ailleurs tout à fait théoriques, aucun contrat PFI n’ayant été signé et les chiffres variant fréquemment lors des négociations financières. Il n’était fait aucune mention qu’un grand nombre de résidents seraient contraints de quitter Little London avec le programme Rénovation intensive Il n’était pas mentionné que la municipalité « ne pouvait pas garantir que ceux forcés de partir alors qu’ils voulaient rester pourraient être relogés à Little London » Il y avait moins de tableaux pour Des maisons décentes que pour la Rénovation intensive, et les plans d’architectes montrant à quoi ressemblerait la Rénovation intensive n’existaient pas pour Des maisons décentes

Les habitants du quartier et les militants étaient tellement en colère par l’exposition partiale du Conseil qu’ils mirent spontanément en place leur propre ‘’contre exposition’’ avec les faits manquants, et qu’ils essayèrent de la montrer aux côtés de celle du Conseil Municipal de Leeds. Toutefois, à plusieurs reprises, ces habitants se virent refuser l’accès aux halls d’entrée par des conseillers municipaux et des responsables de l’ALMO. Quand cela fut rapporté au ‘’Conseiller indépendant des locataires’’, Banks of the Wear, celui-ci répondit que « bien sûr vous devriez être autorisé à entrer dans les halls » et confirma que le problème de la partialité de la consultation avait été soulevé avec la mairie, en les prévenant qu’elle se mettait en position d’être accusée d’injustice. La réponse de la Mairie aurait été qu’elle « mettait en avant la Rénovation intensive, l’option qui avait leur préférence ». On peut s’étonner alors que rien ne l’indiquait explicitement sur aucun des documents montrés aux habitants.

Un témoin raconte avoir discuter de la partialité de la présentation avec deux employés de l’office HLM dans le hall des tours de Lovell Park quand l’une d’entre elles déclara qu’elle n’avait même pas vraiment regardé, que c’était juste « une occasion de sortir du bureau à East Leeds ». Mais quand elle regarda plus en détail, elle devint favorable et dit qu’elle allait retourner au siège de l’office HLM pour poser des questions sérieuses. Le lendemain de cette discussion, 2 employés de l’office HLM informèrent des militants qui arrivaient aux pavillons de Carlton Close que leurs patrons avaient dit qu’ils n’avaient plus le droit de faire une présentation alternative dans les immeubles.

Une autre fois, alors que les habitants des Tours Carlton (programmées pour être démolies avec le PFI) étaient ‘’consultés’’, le même témoin entendit un représentant de l’office HLM déclarer à un locataire qu’avec la rénovation intensive, il serait « assurément relogé à Little London ». Cela contredisait directement le ‘’co-maire’’ de Leeds, Mark Harris, qui seulement une semaine auparavant, lors de la réunion publique du 2 février entre les locataires et la mairie avait dit officiellement « qu’aucune garantie ne pouvait être donnée ». Quand on lui opposa cette déclaration, le responsable de l’office HLM répondit que la Rénovation intensive « était un programme sur 30 ans », ce qui impliquait que les locataires seraient relogés à Little London après cette période. Cela vaut la peine de signaler qu’il y a un nombre considérable de personnes âgées qui vivent à Little London, certaines âgées de plus de 80 ans, elles ne peuvent pas attendre 30 ans pour être relogées, et veulent juste finir leur vie là où elles ont vécu la plus grande partie de leur vie.

Résultats de la consultation

Cette mal nommée consultation prit fin le 17 février. Depuis, un certain nombre de réunions entre la mairie et les différents acteurs impliqués dans le processus de rénovation ont été annulées. Puis, le 28 février, lors d’une réunion publique de l’Association des locataires de Little London, Banks of the Wear (conseiller indépendant des locataires) révéla que leur rapport sur le déroulement de la consultation et ses résultats avait été supprimé / étouffé par le Conseil Municipal de Leeds. Des rumeurs circulèrent immédiatement, que tout cela était dû au fait que le rapport contenait des critiques sur la manière dont la mairie avait menée la consultation. Lors de cette même réunion, des résidents rapportent quelques abus flagrants de la consultation, notamment : allégations de chantage affectif, information trompeuse sur la possibilité pour les locataires de retourner dans la cité une fois la rénovation terminée et des tentatives délibérées de pousser les locataires à choisir le PFI plutôt que l’option Des maisons décentes.

Dans la semaine du 6 au 11 mars, plusieurs évolutions importantes ont eu lieu. La plus significative est que la Mairie a publié un communiqué de presse présentant les résultats de la consultation sous un jour faussé. « Les habitants de Little London soutiennent le Plan de Rénovation de 85 millions de livres » proclame la Mairie, après « une consultation de masse ». La Mairie a organisé une réunion avec les décideurs le 14 février, à l’Hôtel de Vile de Leeds, pour discuter des résultats de la consultation. Le 16 mars, on s’attend à ce que le service de rénovation urbaine (réhabilitation des logements) fasse ses recommandations à l’exécutif municipal sur la manière de rénover Little London, et à ce qu’il s’agisse de l’option de Rénovation intensive.

Mais les locataires n’ont pas l’intention de se coucher et de mourir en silence.

Les réactions des habitants : se présenter aux élections ?

Un grand rassemblement dans le hall de la mairie a été appelé par l’association Save Little London. Les protestataires défileront du Centre communautaire de Little London jusqu’au centre-ville, avec banderoles et musique, et feront savoir à la municipalité qu’ils ne veulent pas voir leurs maisons démolies pour faire des appartements de luxe, qu’ils ne veulent pas du PFI mais qu’ils veulent que les promesses de réparations et d’améliorations faites depuis 15 ans soient tenues. Ils veulent des logements décents, et des politiciens décents qui les écoutent et reflètent les vues et les souhaits de leur électorat.

L’insatisfaction concernant la Mairie et les conseillers municipaux est à un niveau jamais égalé. La colère des habitants face à la manière dont on les a traités par-dessus la jambe, rabaissés, méprisés, dont on leur a menti et dont on les a finalement lésés par inaction, est telle qu’ils parlent de plus en plus de présenter une candidature indépendante au sein de la communauté, pour les élections municipales de mai. Les gens en ont marre d’être ignorés et que des personnes qui ne vivent pas ou de viennent pas de leur quartier leur dise ce qu’ils doivent faire. Il semble que la plupart des conseillers municipaux qui soutenaient le PFI habitent les quartiers chics, comme Roundhay !

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