lundi 22 janvier 2007
Depuis les violences commises par les forces de l’ordre et le renforcement des mesures de sécurité à Ceuta et Melilla (enclave espagnole au Maroc), une des « voies d’entrée » utilisées par les migrants qui veulent venir en Europe n’est autre que les îles Canaries, elles aussi possession espagnoles. Outre les dangers de la traversée, des centaines de km, plus longue encore que le passage du détroit de Gibraltar, de nombreux migrants sont « rapatriés » dès leur arrivée.
En octobre 2006, 25 000 étrangers étaient arrivés aux Canaries depuis le début de l’année. Evidemment, le gouvernement espagnol ne prend pas très bien les choses, et cherchent, comme le reste des pays de l’Union Européenne, à transférer le contrôle des frontières aux pays d’origine ou de transit, et à augmenter et faciliter les reconduites à la frontière.
De mi-septembre à début octobre 2006, 2200 ‘’clandestins’’ ont été ‘’rapatriés’’ d’Espagne au Sénégal. Il y avait une douzaine de vols par semaine en direction de Saint Louis. Arrivés au Sénégal, les migrants reçoivent une bouteille d’eau, un sandwich et partent en car. Les relations entre les expulsés et les forces de l’ordre sénégalaises sont souvent tendues. Ainsi le 2 octobre, un expulsé révolté est corrigé par des élèves gendarmes, les autres rapatriés réagissent et les choses manquent de dégénérer. Par ailleurs, l’accès à l’aéroport est soumis au bon vouloir des gendarmes de service.
Le 2 juin 2006, des migrants expulsés des Canaries avaient bloqué une autoroute de la périphérie de Dakar, contre les mauvais traitements infligés aux expulsés, et pour exiger l’arrêt des charters entre l’Espagne et le Sénégal. Sur le moment, le gouvernement avait suspendu les vols et refusé les patrouilles maritimes et aériennes de l’Union Européenne sur son territoire. Mais fin août 2006, il acceptait des patrouilles conjointes, et on a vu que les expulsions avaient repris. La Mauritanie a également accepté, vers la même époque, la surveillance de son territoire par des patrouilles (bateaux, avions, hélicoptères) européennes.
Il semble que les expulsions des Canaries vers le Mali aient un peu moins d’ampleur qu’au Sénégal, mais elles existent. Ainsi, vers la mi-août, 160 migrants ont été expulsés à destination du Mali. Le gouvernement malien n’est pas très à l’aise, car des mobilisations existent. Par exemple, le 26 août 2006, à l’occasion du 10ème anniversaire de l’évacuation de l’église Saint Bernard (Paris 18ème), occupée par des sans-papiers en lutte, des manifestants se sont rassemblés Place de la Liberté, devant la mairie de Bamako, mais la police a dispersé la moitié des manifestants, et a arrêté deux personnes (libérées après un rassemblement devant le quartier général de la police).