samedi 8 novembre 2008, par des précaires
La démarque inconnue, le vol à l’étalage, le chapardage, voilà qui fait perdre de l’argent aux magasins. Et qui en coûte, en plus, puisqu’il faut payer des agents de sécurité, des caméras de vidéo-surveillance, des dispositifs électro-magnétiques anti-vol (les bips, quoi)...
C’est le tout nouveau directeur du centre commercial des Trois Fontaines, à Cergy (95) qui appartient au groupe Hammerson, qui détient aussi, par exemple Parinor, et ex responsable de la Maison de l’Entreprise et de l’Emploi (M2E) d’Aulnay sous Bois (où une grève a eu lieu au printemps 2008 pour des augmentations de salaire notamment), Stéphane Girard, qui annonce fièrement la mise en place d’un partenariat expérimental entre le centre commercial, les services de police et le tribunal.
Les commerçants auront à leur disposition un formulaire pré-rempli pour déposer plainte, et n’auront plus qu’à le signer au commissariat (un dispositif similaire est en test dans les Yvelines). Puisque c’est si facile, pourquoi se priver de déposer plainte contre une ado qui vole un bijou en plastique ou des gamins qui se servent en bonbons ?
Car l’objectif, c’est que le moindre vol, quel que soit l’âge du "délinquant", le montant du préjudice, qu’il y ait ou non paiement ou restitution de la marchandise, soit enregistrer dans les fichiers de police, ne serait-ce que sous forme de main courante, s’il n’y a pas de quoi faire une plainte. Car ensuite, tout étant enregistré et transmis au parquet du TGI de Pontoise, en cas de réitération, c’est le déferrement au tribunal (c’est à dire une procédure de comparution immédiate, celle où on n’a pas le temps de contacter un avocat, de préparer sa défense, de réunir des documents...).
Et avec les nouvelles lois sur la récidive, la surpopulation carcérale a encore de beaux jours devant elle. Car si le bilan qui aura lieu en fin d’année est positif, ces mesures seront étendues à tout le département du Val d’Oise.
Le plus content, c’est le directeur de l’hypermarché Auchan. « Nous sommes le magasin qui subit le plus de vols sur le site (le montant s’élève en moyenne à 0,60 % du chiffre d’affaires) », indique le directeur de l’hypermarché Auchan au journal Le Parisien.
Cela devrait simplifier le travail des agents de sécurité... On espère quand même que ceux-ci garderont à l’esprit que la solidarité vaut quand même plus que la facilité, et qu’il est toujours possible (mais pas forcément facile, certes) de se mettre en lutte, individuellement ou collectivement. Cela vaut d’ailleurs pour nous tous qui sommes clients : ne pas rester indifférents, engager la discussion, manifester son désaccord, c’est un début de rapport de force.
Et puis, n’oublions pas d’où il vient, le chiffre d’affaires et les bénéfices d’Auchan : de la différence entre le coût réel des marchandises et le prix auquel nous les payons (c’est l’exploitation des salariés des fabricants), et de l’exploitation du travail des employés d’Auchan.
Et on va le voir, là-dessus, pas de petit profit !
Le seul jour férié chômé (sans obligation de travailler) est le 1er mai. Pour les autres jours fériés, les conventions prévoient en général que les salariés qui travailleront ce jour auront un salaire mjoré et/ou un jour de récupération. A Auchan, un jour férié est d’habitude payé à 150%.
Mais la Toussaint (1er novembre) tombe en 2008 un samedi, donc il y aura du monde, donc il faut des salariés. Mais heureusement, on a inventé il y a quelques années la "journée de solidarité", qui est devenue un outil bien commode pour les patrons. En effet, les employeurs choisissent la manière de mettre en place ces 7h de travail gratuites (du point de vue du salarié). Certaines entreprises ont fait faire une heure supplémentaire par semaine pendant l’été, par exemple. Chez Auchan Cergy, on l’a mise le 1er novembre, comme ça pas besoin de payer la majoration !
Une trentaine de salariés ont donc manifesté le 1er novembre assez bruyamment et en criant des slogans pour le paiement en jour férié majoré.