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Blocages de routes ou de lycées, manifs... : retour sur les débuts du mouvement en cours dans les lycées et collèges

lundi 7 avril 2008


Pour situer le contexte, cela fait des semaines que les lycéens, leurs profs et les parents d’élèves se mobilisent. Les plus anciennes mobilisations sont celles contre la suppression du BEP (en deux ans) comme étape intermédiaire avant une éventuelle poursuite en bac pro (deux ans). On passerait donc de 4 années d’études à 3, avec en passant une réorganisation des filières et la disparition de certaines sections, et une réduction du nombre d ‘enseignants et les économies qui vont avec. C’est d’ailleurs cela qui est en jeu dans une bonne partie des lycées et collèges mobilisés : la Dotation Horaire Globale, DHG (soit les moyens humains attribués à chaque établissement, en nombre d’heures, nombre de postes de titulaires, …), en baisse comme depuis plusieurs années.

Moins d’heures, moins de profs, ce sont des options supprimées, des cours en demi-groupe impossible, des classes surchargées, moins de places pour les redoublants… Pour les profs, il y a la volonté de modifier les conditions de travail : plus de profs enseignants dans plusieurs établissements, passage de certaines heures de cours auparavant attribuées à un enseignant en poste en heures supplémentaires pour ses collègues.
Pour les Yvelines, il était prévu en février de supprimer 1882 heures d’enseignement hebdomaires à la rentrée de septembre 2008, soit l’équivalent de 150 enseignants. Le recteur Alain Boissinot explique ça très bien : «  la baisse des effectifs d’élèves permet de gagner sur les heures d’enseignement pour satisfaire aux restrictions budgétaires tout en maintenant l’encadrement et la qualité de l’enseignement ». C’est-y pas beau ! Il est donc déconseiller de faire des enfants, pour que la baisse démographique permette de poursuivre les réductions d’effectifs et les économies.

La mobilisation autour de la DHG a commencé en février 2008, et n’a pas faibli depuis. Bien que les médias minimisent largement l’ampleur et l’étendue du mouvement, il y a bien des luttes déterminées un peu partout. Comme tous les mouvements, celui-ci ne va pas sans mal : le principal syndicat enseignant, le SNES, ne fait pas grand-chose pour développer le mouvement, les partis, principalement de gauche, et élus profitent tranquillement du mouvement, qui pour faire parler de lui en recevant des délégations en mairie, qui pour prendre la parole lors de manifestations…

Mais voyons tout cela plus en détail !

7 février 2008, les élèves du lycée Sonia-Delaunay de Villepreux bloquent les cours pour protester contre la suppression par le rectorat de Versailles de 115h de cours à la rentrée prochaine. Les profs du collège de la Grange aux Belles dans le 10ème arrondissement de Paris font grève, et ont bloqué l’accès aux bureaux administratifs par un empilement de chaises

Le 15 février, des enseignants en grève et des parents d’élève de 11 collèges et 5 lycées du 78 manifestent devant l’inspection académique du Chesnay. Le collège Paul Cézanne de Mantes-la Jolie est en grève depuis le 13. De même que la lycée Henri Wallon d’Aubervilliers (93), en grève depuis le lundi 11/02.

Le lycée des Ulis (91) est bloqué plusieurs jours de suite, toujours à compter du 13, par les élèves et les profs. Deux cents parents d’élèves se sont rendus à la réunion d’information organisée par les enseignants, et une nouvelle manifestation est prévue pour le lundi suivant (18 /02).
Ce jour-là, les élèves bloquent le lycée dès 8h, puis font une AG dans un parc avant de prendre la direction d’Orsay, mais le lycée Blaise Pascal ne débraye pas. Les lycéens vont donc discuter avec les passants à la gare, et essaient de bloquer un rond-point, mais une forte présence policière les en empêche.

Le 15 février, c’est en effet une journée de mobilisation nationale. A Savigny sur Orge, profs et lycéens se rassemblent devant le lycée et bloquent la route. Dans le 93, un quart des enseignants est en grève ce jour-là.

La semaine suivante, la mobilisation continue. Le 18, parents et profs passent le nuit au collège de l’Agiot à Elancourt (78), et ceux du collège Cézanne, qui ont pourtant repris le travail, font de même. Une manif est organisée depuis le collège des Plaisances de Mantes la Ville.
Le 20 février, les profs des Mureaux sont en grève, non seulement contre la suppression de 7 postes, mais contre le refus de titulariser un agent des espaces verts. Le blocage du lycée Nerval (en Seine et Marne) est décidé le 20, et sera reconduit jusqu’au 23, par un vote à bulletins secrets auquel particperont les trois quarts des élèves. Le lycée Emilie de Breteuil, de Montigny (78), est également bloqué.
La N20 est bloquée dans l’Essonne pendant 1h, dans les deux sens (la précision est d’importance, car des lycéens d’Arpajon l’avaient déjà bloquée quelques jours auparavant, d’abord dans un sens, et le lendemain dans l’autre… pour obtenir les réparations promises pour leur gymnase), par les élèves du lycée professionnel de Longjumeau, contre la suppression du BEP et la baisse du nombre d’heures de cours.

A Cesson (77), après le blocage de l’établissement le 15, contre la suppression de 2 postes (un d’histoire géo et un de physique-chimie), le rectorat cède et maintien les deux postes, mais de nombreuses heures de cours restent programmées par des heures sup. Au lycée Descartes de Champs sur Marne, les élèves votent en AG le blocage à compter du 18, en soutien à leurs profs en grève. Le rectorat maintient 2 postes sur les 8 suppressions, mais les lycéens estiment cela insuffisant et maintiennent le blocage. Au lycée Georges Sand, Le Mée (77), les élèves retiennent le proviseur dans son bureau, empêchant le tenue des conseils de classe.

Le 19 février, rencontre non prévue devant le rectorat de Créteil, où manifestent des enseignants d’un lycée professionnel de Bobigny et ceux d’un lycée de Vitry. Une délégation comprenant des profs, des responsables syndicaux, une mère d’élève et un lycéen est reçue. Plusieurs établissements de Mantes la Ville et Mantes la Jolie manifestent.

Le 20 février, un rassemblement est organisé devant la préfecture et le conseil général de Melun. Il regroupe des professeurs, des adultes relais, des EVS et AVS, des assistants d’éducation… bref, un bon échantillon des emplois précaires de l’Education Nationale.

Et ça repart direct après les vacances d’hiver

Le 19 mars, les élèves du lycée Jules Ferry de Conflans Sainte Honorine rejoignent leurs camarades d’Adrienne Bolland à Poissy. Suite à des jets de projectile, la police disperse les manifestants.
A Mantes, les lycéens manifestent et n’attendent pas d’entrer dans la vie active pour améliorer leur pouvoir d’achat, en se servant sans passer par les caisses d’un supermarché du centre ville. Le lendemain, 400 personnes sont rassemblées devant le lycée Saint Exupéry. Lors de la dispersion vers 11h30, des affrontements se produisent entre une centaine de manifestants et les forces de l’ordre, qui font usage des gaz lacrymogènes. Deux mineurs avaient été interpellés un peu plus tôt, alors qu’ils lançaient des pierres sur la police.
Même à Rambouillet, des heurts se produisent avec la police en marge de la manifestation des élèves du lycée Bascan.

A Drancy (93), 300 jeunes venus des lycées Alfred Costes, Louise Michel et Sabatier de Bobigny viennent rencontrer leurs camarades et entrent dans le lycée Delacroix. Une salle de classe est dégradée (vitres cassées, exticteursdétruits). Alors que le proviseur parle d’un « raid très violent », les professeurs se montrent solidaires quand le recteur vient les voir : «  Vous voulez vous attaquer à la violence. Mais la violence n’est que le symptôme d’un malaise. Les élèves et les profs ne veulent pas plus de caméras, ils veulent plus de présence humaine. Ceux qui ont manifesté ce matin s’opposaient aux suppressions de postes dans l’académie » A Mitry, 500 lycéens manifestent et bloquent les voies du RER B.

Au lycée René Descartes de Champs sur Marne, les entrées sont bloquées depuis plusieurs jours par des poubelles. Le 20/03, les profs retiennent le proviseur dans son bureau, jusqu’à ce qu’elle obtienne un rendez-vous avec le recteur concernant les 8 suppressions de postes qui doivent toucher le lycée. En l’absence de résultats, une occupation nocturne se prépare, alors que du côté de la hiérarchie, une évacuation policière est envisagée.
C’est la même méthode que celle utilisée le 17 mars, au lycée Joliot Curie de Nanterre, avec l’occupation du bureau du proviseur et du standard par des enseignants soutenus par les parents.

Juste un détour par la province, où il se passe sans doute bien des choses également, pour raconter un blocage organisé par 150 lycéens de Roanne. Le 20 mars, ils bloquent pendant 45 mn un pont au-dessus de la Loire, pour protester contre l réforme du bac pro. Ils font un barrage filtrant, qui leur permet de distribuer des tracts aux automobilistes… et de ne les laisser repartir qu’à condition qu’ils manifestent leur soutien en klaxonnant !

Le 27 mars, le lycée Alfred Costes de Bobigny est occupé pour la nuit, par des parents d’élèves soutenus par les profs. Mais par crainte des débordements, les lycéens sont renvoyés chez eux. Ceux d’Etampes ont eu une journée bien remplie : après avoir bloqué le lycée professionnel Louis Blériot, ils partent en manif vers le lycée de Saint Hilaire, et terminent en bloquant la N20. Un jeune de 17 ans est arrêté, accusé de dégradations.
Plus de 300 lycéens, de trois établissements différents, manifestent à Massy. La vitrine d’un supermarché est brisée.

Le 28 mars, une centaine de lycéens du lycée André Malraux de Montataire (60) décident de se joindre au mouvement, et organisent une manifestation spontanée dans les rues de la ville. Le lendemain, c’est à Meaux que 200 personnes manifestent.

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