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Mal-logés : campement à Poissy, occupation de HLM aux Mureaux

samedi 2 juin 2007


Campement devant la cité de la Coudraie à Poissy

En mars 2004, le maire (UMP) de Poissy, Jacques Masdeu-Arus, annonce dans la presse la démolition de toute la cité de la Coudraie. Les habitants ne se laissent pas faire, organisent des manifestations, perturbent quelques réunions. Si elle ne s’arrête pas complètement, la mobilisation ralentit : une partie des habitants est relogée ailleurs (parfois à l’autre bout du 78), le collectif s’est rapproché du DAL (Droit Au Logement) et a adopté certaines de ses méthodes, comme par exemple l’obligation de verser une cotisation, ou la (mauvaise) habitude de laisser la parole à deux ou trois représentants, toujours les mêmes.

Il reste aujourd’hui 129 appartements occupés (sur plus de 600). Les habitants qui restent se battent pour être relogé sur place, et pour leurs conditions de vie au quotidien : ainsi en avril 2007, des locaux de France Habitation (le bailleur de la Coudraie) sont occupés pour exiger la remise en service de certains ascenseurs en panne depuis 6 mois.

En février 2007, on annonce la fermeture de l’école de La Coudraie, pourtant rénovée deux ans auparavant. C’est autour de cette fermeture qu’une journée de mobilisation est organisée le 27 mai 2007. A cette occasion, le DAL installe des tentes où campe une dizaine de familles mal-logées, hébergées dans des hôtels à Conflans ou dans les Hauts de Seine (92). Ces mal-logés dorment donc dehors, face aux appartements murés de la Coudraie... Et si c’est le bailleur qui les a murés, il n’est pas impossible qu’une visite peu discrète du DAL (avec des squatteurs expulsés de Cachan), en octobre 2006, ait incité France Habitation à prendre des mesures radicales contre les occupations...

- Voir notre article sur la visite d’une délégation de squatteurs expulsés de Cachan à Poissy, qui a conduit au murage des logements vides de la Coudraie.

Le 30 mai, trois jours après l’installation des tentes, le DAL tente d’aller collectivement à la mairie de Poissy pour inscrire les enfants à l’école, mais ne parvient pas à rentrer en raison du barrage qu’oppose la police municipale. Le DAL repartira donc simplement avec des formulaires d’inscription. On espère pour ces enfants que le DAL a fait quelques progrès depuis le campement d’Aubervilliers en 2000 : malgré une procédure judiciaire obligeant la mairie communiste à inscrire les enfants de squatteurs expulsés qui campaient devant la mairie, ceux-ci n’ont jamais été inscrits. Là non plus, la mairie n’avait pas été occupée...

- Plus de détails dans notre dossier "luttes du logement en Ile de France de 1998 à 2004", en particulier les articles (4) et (5)

Ouverture collective de logements sociaux vides aux Mureaux

Aux Mureaux, c’est une association locale créée par quelques jeunes filles d’Aubergenville face aux problèmes de logement, Survivre, qui est passée à l’action. Une petite dizaine d’appartements HLM vides de la Vigne Blanche sont occupés par des mal-logés, avec le soutien de l’association, qui s’installe tour Corneille, un bâtiment promis à la démolition (comme plus d’un millier de logements sociaux aux Mureaux).

L’image vient du blog de l’association Survivre

L’association Survivre semble s’être créée lors ou autour du campement de SDF qui a débuté fin décembre 2006 au canal Saint Martin (Paris). Elle a appelé à la poursuite du campement après le retrait des Enfants de Don Quichotte, en affirmant avec raison qu’une bonne partie des "relogements" proposés aux SDF étaient provisoires, que nombre d’engagements n’avaient pas été tenus... Mais d’autres revendications semblent paradoxales, comme l’appel aux autorités de police à assurer la sécurité du campement !

Lors de sa création dans les Yvelines, l’association Survivre a déclaré : «  Nous aimerions travailler avec des structures d’aide et d’insertion à l’emploi, et les municipalités de la région » Gageons que l’ouverture de squats ne les y aidera pas, mais reste à savoir de quel côté finira par pencher l’association, et si elle ne finira pas par se laisser "institutionnaliser", donc si elle n’étouffera pas certaines volontés et pratiques de luttes, tout en cautionnant le contrôle social qui se développe autour des questions de logement (enquêtes sociales et/ou psychologiques, définition par les services sociaux du type de logement ou d’hébergement adapté à chaque mal-logé, conditionnement de l’attribution d’un logement ou d’un hébergement à l’insertion professionnelle, maintien du suivi après le relogement, etc...).

Les occupations de logements sociaux vides embêtent beaucoup mairies et bailleurs, puisqu’elles montrent que les appartements vides et habitables sont nombreux, et que les mal-logés ne sont pas prêts à attendre indéfiniment un relogement de plus en plus difficile (loyers plus chers, exigences des bailleurs sur les ressources, la composition familiale des futurs locataires, hausse du suivi social en cas d’attribution, ou système de bail glissant, qui fait que pendant une durée indéfinie, c’est une association qui est titulaire du bail), et préfèrent donc "casser des portes".

Un adjoint au maire des Mureaux (municipalité de gauche) a ressorti les arguments classiques : l’opposition entre les squatteurs et le reste des mal-logés, le renvoi des problèmes aux villes qui ont moins de HLM...

Albert Bischerour, Vert, a donc prétendu que les appartements occupés venaient justement d’être attribués. Il se trouve que quand un bâtiment vient d’être occupé, même s’il était vide depuis des années, il y a presque toujours un projet social pour justifier la procédure d’expulsion : crèche ou logement social... Il a ensuite déclaré (Parisien 78 du 28/05/07) « Si l’association Survivre veut donner un sens à son action, qu’elle aille dans les communes qui n’ont pas de logements sociaux, où le maire refuse d’en construire, mais pas dans une commune qui cumule lesdifficultés sociales. Nous avons déjà 1200 habitants en attente d’un logement social. »

Si les demandeurs de logements sociaux préoccupent tant la mairie, pourquoi détruire 1100 appartements HLM pour n’en reconstruire que la moitié environ ? Et pourquoi des précaires ou des mal-logés qui se mettent en lutte ne devraient pas le faire là où ils vivent, là où ils trouvent d’autres personnes qui ont les mêmes problèmes ? C’est ce même genre d’arguments qui a servi à la Communauté d’Agglomération de Saint Quentin en Yvelines et à la mairie de Trappes pour justifier l’expulsion d’un pavillon vide squatté par des demandeurs de logement et par un collectif de précaires du réseau Agir ensemble contre le chômage et la précarité, AC !, et pour leur refuser un autre local pour leur permanence sociale.

- Voir l’article Expulsion d’AC ! Trappes

Ne pas construire de logements sociaux ou en démolir sans les reconstruire a les mêmes conséquences pour tous ceux qui sont en galère de logement, alors qu’occuper des HLM vides, c’est trouver une réponse immédiate aux besoins des mal-logés et mettre la pression sur ceux, bailleurs, mairies, gouvernement, ANRU (agence nationale de rénovation urbaine), qui mènent une politique qui aggrave les problèmes et conduisent peu à peu à la disparition du logement social.

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